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Le 28/05/21

Souveraineté alimentaire : « La mère des batailles, c’est le salaire des agriculteurs » 

Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et Bérangère Abba, secrétaire d'État chargée de la Biodiversité inaugurent le « Varenne agricole de l'eau et du changement climatique » vendredi 28 mai. Cet évènement intervient une semaine après le colloque sur la souveraineté alimentaire organisé par le Conseil de l’Agriculture française.

Souveraineté alimentaire
Certains produits cultivés en France, à l'image de ces pommes de terre, traversent parfois les frontières pour être transformés puis importés. © DR.

Le gouvernement lance aujourd’hui un « Varenne de l'eau et du changement climatique » afin de faciliter le captage et l'utilisation des eaux de pluie par les agriculteurs. Une façon pour eux de faire face aux aléas climatiques. Ce projet fait écho au colloque sur le thème de la souveraineté alimentaire qui s’est déroulé en visioconférence  mardi 18 mai, en présence du Président de la République et d’acteurs emblématiques du monde agricole. Soutenu par la Fédération nationale du Crédit Agricole, cet événement - proposé dans le cadre de la Semaine de l'agriculture française - était organisé par le Conseil de l’Agriculture française, sous l’égide de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Ce temps fort a permis de poser les premiers jalons du projet national concernant l’avenir de notre alimentation.

La crise sanitaire révélatrice de nos faiblesses

Dans le contexte des épisodes successifs de confinement liés à la crise sanitaire et de la fermeture des frontières, les acteurs de la chaîne agricole et alimentaire ont prouvé qu’ils étaient en capacité de nourrir la population française. Et cela malgré les craintes liées à la pénurie de main d’œuvre et d’approvisionnement. La mobilisation sans faille des agriculteurs a fait prendre conscience à tous de la nécessité de faire de la souveraineté alimentaire une cause stratégique nationale.

Dans son discours aux Français du 12 mars 2020, à la veille du premier confinement, le président de la République, Emmanuel Macron, alertait sur la nécessité de : « (...) rebâtir une indépendance agricole. Pour cela, il faudra nous rappeler que notre pays tient tout entier à des femmes et des hommes que notre économie rémunère si mal », avait-il exprimé.

Sortir de nos dépendances

Pascal Cormery, président de la Caisse centrale de la MSA, a introduit le colloque en rappelant l’importance d’ouvrir le débat aux agriculteurs et de redonner du sens à l’acte de production.

Le débat s’est poursuivi avec la prise de parole du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Pour lui, regagner en souveraineté alimentaire c’est regagner en indépendance, en matière d’importation notamment. Il s’est inquiété de voir la France dégringoler à la sixième place des pays exportateurs en agroalimentaire derrière l’Allemagne et les Pays-Bas. Selon le Ministre, il faut également sortir de la dépendance des marchés. « On ne peut pas demander toujours plus de qualité et accepter cette guerre des prix mortifère ». Face aux aléas climatiques, il est important de rassurer les agriculteurs en optimisant à la fois le système des assurances récolte, et en accompagnant la recherche scientifique afin d’améliorer et de simplifier leurs conditions de travail. 

Pour être fort à l’international, il faut être fort chez soi

Au cours de la première table-ronde : « Souveraineté alimentaire, avons-nous encore le choix ? », Thierry Breton, le commissaire européen a rappelé les enjeux liés au défi de la transition verte et numérique.

Dominique Chargé, président de la coopération agricole se questionnait quant à lui sur la nécessité d’importer des produits que nous cultivons. « Nous exportons des produits bruts et nous importons des produits transformés. 50 % des poulets que nous consommons viennent d’autres pays qui ne respectent pas les normes agricoles ». Dans ce contexte, l'Union européenne doit trouver des solutions, comme les clauses miroirs, afin que les critères des produits importés respectent obligatoirement les mêmes normes environnementales que ceux produits en son sein, et éviter ainsi toute concurrence déloyale.

Le renouvellement des générations, un enjeu majeur

Lors de la seconde table ronde : « Comment réussir le défi de la souveraineté alimentaire ? », le dialogue s’est concentré sur les défis écologiques, le renouvellement des générations et l’international. Samuel Vandaele, président des Jeunes Agriculteurs défend un modèle humain viable et familial qui passe par la transmission, d’une exploitation et « des savoir-faire ».  « (…) il faut transmettre aux jeunes pour continuer à avoir une souveraineté alimentaire forte. » Cela passe par la sensibilisation des plus jeunes aux métiers agricoles, par de meilleures conditions de travail et par l’obtention d’un salaire plus juste. 

Pour le député européen (LREM), Pascal Canfin, la souveraineté passe aussi par la résistance aux traités internationaux à l’instar du CETA et du Mercosur, qui devront désormais être compatibles avec les objectifs du Green Deal et du « Farm to Fork ».

Le salaire des agriculteurs : la mère des batailles

À l’issu de ce colloque, Emmanuel Macron a tenu à échanger avec les agriculteurs en répondant à leurs questions par écrans interposés. Selon lui, « La mère des batailles est le revenu agricole ». Le Président de la République a expliqué que des lois et des avancées ont été faites à ce sujet notamment avec la Loi Egalim et la future Politique agricole commune (PAC). Aujourd’hui, il faut : « Rémunérer nos agriculteurs afin qu’ils puissent vivre dignement, leur permettre d’initier de nouveaux projets, et donner la chance à nos jeunes de s’installer », a affirmé le Chef de l’Etat. « La PAC est le socle de notre stratégie agricole, et on travaille dessus avec l’ensemble des filières. Les éleveurs souffrent énormément car leurs revenus ne font que baisser. On doit les aider (…) ».

Concernant les aléas climatiques, le Président de la République a expliqué vouloir « repenser le modèle assurantiel » en créant « un système totalement neuf » d’assurance récolte, abondé par un financement public. Il a également rappelé le lancement du Varenne de l’eau et du changement climatique », ce 28 mai, afin de faciliter le captage et l'utilisation des eaux de pluie par les agriculteurs. Une façon pour eux de faire face aux épisodes de sécheresse qui affectent leurs cultures.

La question de la condition animale

Emmanuel Macron a conclu en évoquant les réformes en cours sur le sujet de la condition animale : « Il faut arrêter de renvoyer aux agriculteurs et aux éleveurs la condition de leurs bêtes car c’est leur priorité. L’abattage doit se faire dans les meilleures conditions possibles et pour cela il faut investir. On peut défendre la question de l’élevage et de l’abattage des bêtes en même temps. »

Retrouvez l'intégralité des débats du colloque connecté sur la Souveraineté alimentaire en vous créant un compte

 

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